Incarnation/Désincarnation

Les nouvelles technologies opèrent un charme continu dans leur essor effréné et dans leur « exclusivité ». Cela se retrouve aussi bien dans l’usage domestique que nous leur conférons, que dans l’usage scientifique et militaire.

L’effet le plus séduisant est sans doute l’impression de dématérialisation que ces technologies procurent, l’échange distant sur l’infosphère/electrosphère (Internet) avec d’autres individus, et dans l’acquisition de données lointaines. La logique du développement des T.I.C (et N.T.I.C), privilégie l’acceptation docile et enthousiaste de technologies de plus en plus discrètes et insidieuses.

Les interfaces virtuelles offrent des déclinaisons esthétisantes plus ou moins réalistes. Nos avatars électroniques aussi exotiques soient t-ils, se parent toujours d’un filtre de représentation plus ou moins « fashionable », quand la facture n’est pas complètement dépendante des critères techniques de la représentation des réalités virtuelles. Ainsi dire aussi exotiques que puissent être les avatars électroniques, leur « facture » tombera toujours dans les limites du moule de représentation de la technologie qui les aura produits. L’usage de la virtualité, du moins dans son aspect « domestique » et public, ne produit pas seulement un rapport tronqué au réel, mais rend conforme standardise également les modes de représentation.

La sphère scientifique est sans doute le domaine d’application des réalités virtuelles le plus favorable. Ainsi l’accréditement de leur théories se basent sur des simulations virtuelles et représentations colorées.

Sur le champ de bataille, pour que le vétéran ne s’agite plus dans le sommeil de ses nuits à venir, et surtout pour que le soldat carapaçonné dans sa combinaison chimique-biologique-nucléaire puisse percevoir son environnement de combat, on lui présente une réalité virtuelle correspondant au carnage qu’il s’apprête à effectuer. Ainsi, les modes de représentation de la réalité virtuelle esthétise l’horreur et normalise la destruction. L’être humain est réduit à un contour, un fantôme électronique, un cercle, une cible.

Les intellectuels se gargarisent de redéfinir sans cesse l’attribution et la territorialité des espaces électroniques, leur nomination et leur écosystème cybernétique. Il est vrai que cette « Terra Incognita » puisse tenter un nombre croissant d’explorateurs. Une grande partie d’artistes quant à eux sont réduits à des représentants de commerce pour la promotion de gadgets technologiques de plus en plus séduisants. Les prosternations corporelles et mouvements du bras ou de la face devant leurs dispositifs électroniques, qui après un considérable labeur de programmation et d’assemblage, produisent des couinements électroniques, ressemble fort a une liturgie étrange. Il est rare qu’une utilisation intelligente des nouvelles technologies de l’information se manifeste. En considérant également le contrôle intrinsèque de ces technologies, on est bien loin aussi des utopies du début de l’Internet.

Les populations ont à tort oublié qu’elles sont et demeurent des cobayes. A l’instar d’un produit de grande consommation, les corporations étudient l’impact comportemental vis a vis d’un produit technologique, son assimilation et les systèmes de dépendance qu’il produit.

Les technologies invasives qui redéfinissent le rapport aux libertés individuelles et à la liberté tout court progressent, doucement, mais sûrement dans le meilleur des mondes. L’Ere des N.T.I.C n’est pas une ère de libertés, mais un ère de contrôle total des individus des pensées et de leur agissement. Cette incarcération électronique et informative n’a pour but ultime, à travers un subtil processus de désincarnation, que de priver l’être humain de son essence, de le déshumaniser et de le préparer à devenir le réceptacle docile de programmations extérieures.

Quels sont les rouages de ce processus de désincarnation ?

On connaît déjà l’engouement pour les réalités virtuelles, de l’infosphère électronique (ou photonique) d’Internet. La prochaine étape de la standardisation des individus se produit avec l’automatisation des comportements sociaux (RFID, biométrie...).

L’environnement rural et naturel rendu systématiquement hostile à toute vie par l’épuisement de ses ressources, les pollutions industrielles et militaires (uranium appauvri et autres saletés), se verra progressivement déserté. L’humain par peur, par dégout et par honte fuira son frère mutant. Ainsi les villes et les polders pseudo-naturels deviendront des prisons commodes ou on aura besoin de tout hormis l’âme humaine.

Quand l’être humain sera alors vidé de son contenu, vase vide sans conscience, robot cybernetisé en connexion avec des centres pilotés par intelligence artificielle, il servira alors de réceptacle à des fantômes électroniques.

HCS texte du 23/04/07